#13 / Rééducation des lombalgies chroniques : entraînement en résistance avec ou sans charge externe

renforcement du dos

INTRODUCTION

Une revue systématique et méta-analyse publiée par Marco Ranzani et al. (1) en décembre 2025 dans la revue Archives of Physiotherapy repose sur le postulat suivant : l’exercice est recommandé comme traitement de première intention pour les lombalgies chroniques non spécifiques.

Malgré son intérêt reconnu, les caractéristiques optimales des interventions par l’exercice dans cette population restent mal définies. La littérature actuelle met en évidence des différences d’efficacité limitées entre les différentes modalités d’exercice. Ces constats suggèrent la nécessité de dépasser les grandes catégories d’exercices et de se concentrer davantage sur des composantes spécifiques des interventions susceptibles d’améliorer les résultats cliniques.

L’un de ces paramètres concerne le type de résistance utilisé. Dans ce contexte, l’objectif de cette étude était d’évaluer si l’utilisation d’une charge externe dans un programme d’entraînement en résistance influence la douleur, la fonction et les facteurs psychosociaux par rapport à un entraînement en résistance sans charge externe.

MÉTHODE

L’étude a inclus des adultes ayant reçu un diagnostic de lombalgie chronique non spécifique. Les patients présentant des antécédents de chirurgie rachidienne ont été exclus.

Deux évaluateurs indépendants ont sélectionné 13 essais contrôlés randomisés, représentant un total de 778 participants.

INTERVENTIONS

Les deux groupes ont suivi des périodes d’entraînement de durée et de fréquence équivalentes. La durée moyenne des programmes était de deux mois, avec une fréquence d’entraînement moyenne de trois séances par semaine.

Les groupes utilisant des charges externes ont eu recours à différents moyens pour la charge additionnelle, incluant des machines guidées, des haltères, des élastiques et des appareils isocinétiques. Tous les dispositifs, à l’exception des machines isocinétiques, intégraient une surcharge progressive, appliquée selon des modalités variables.

RÉSULTATS – ÉVÉNEMENTS INDÉSIRABLES

Aucune différence significative n’a été observée entre les groupes concernant la prévalence des événements indésirables. Ces résultats suggèrent qu’un entraînement en résistance avec charge externe n’est pas associé à un risque accru pour les patients.

RÉSULTATS CONCERNANT LA DOULEUR

À court et à long terme, aucune différence significative n’a été observée entre les groupes. À la fin de l’intervention néanmoins, une amélioration significative de la douleur a été rapportée en faveur du groupe avec charge externe.

Les auteurs précisent que, malgré l’amélioration observée en faveur du groupe avec charge externe à la fin de l’intervention, cette différence n’est pas cliniquement significative et la taille d’effet reste faible, ce qui remet en question la pertinence clinique des différences observées.

RÉSULTATS CONCERNANT LA FONCTION

Une différence significative en faveur du groupe avec charge externe, associée à une taille d’effet moyenne, a été observée à court terme sur le handicap. En revanche, à la fin de l’intervention et lors du suivi à long terme, aucune différence significative n’a été rapportée entre les groupes.

La pertinence clinique de ces différences est remise en question en raison d’une hétérogénéité élevée et de la présence d’échantillons de petite taille dans plusieurs études.

ENDURANCE ET FORCE MUSCULAIRE

À court terme, à la fin de l’intervention et à long terme, l’endurance musculaire était significativement améliorée dans le groupe avec charge externe.

Concernant la force maximale, aucune différence significative n’a été observée entre les groupes à court et moyen terme. En revanche, une différence significative en faveur du groupe avec charge externe apparaissait à long terme.

CATASTROPHISATION

Aucune différence significative n’a été observée entre les groupes.

ANALYSE EN SOUS-GROUPES

Concernant l’amélioration du handicap à court terme, des effets de traitement plus importants dans le groupe avec charge externe ont été observés chez les participants présentant une douleur initiale plus élevée, ainsi que dans les interventions combinant les deux approches, c’est-à-dire l’entraînement avec et sans charge externe.

CONCLUSION

Dans l’ensemble des études incluses, les interventions visant à traiter la lombalgie chronique non spécifique étaient tous deux associés à une réduction de l’intensité de la douleur et du handicap sans grand différence significative entre les groupes.

IMPLICATIONS POUR LA PRATIQUE CLINIQUE

Bien que les résultats suggèrent que l’utilisation de charges externes puisse favoriser des adaptations musculaires mesurables, ces bénéfices ne se traduisent pas systématiquement par une amélioration de la douleur, du handicap ou des variables psychosociales telles que la catastrophisation.

Ces résultats rappellent que les améliorations purement des capacités physiques ne suffisent pas à expliquer l’amélioration des symptômes et de la fonction du patient. Il est donc possible de proposer un entraînement en résistance avec ou sans charge externe, les données actuelles ne montrant pas de différence suffisamment marquée en faveur de l’une ou l’autre approche.

En l’absence de résultats en faveur d’une intervention préférentielle, la décision d’intégrer ou non une charge additionnelle dans la prise en charge des lombalgies chroniques non spécifiques doit être individualisée, en tenant compte des préférences du thérapeute et des attentes du patient.

De plus il est bon de rappeler que l’entrainement avec charge externe et surcharge progressive ne présente pas plus de risques pour les patients qu’un entrainement au poids du corps.

Rédacteur : DAVID Loic

BIBLIOGRAPHIE

Ranzani M, Pozzi A, Fornasari D, Ristori D, Testa M. Is resistance training with external loads superior to unloaded exercise in the management of chronic low back pain? A systematic review and meta-analysis. Arch Physiother. 2025;15:297‑313.