INTRODUCTION
Analyse d’une étude Delphi, publiée dans la revue British Journal of Sports Medicine, par Tim Hoenig et al. (1) en janvier 2025.
Selon les auteurs, les fractures de fatigues, fréquentes chez les athlètes (jusqu’à 20 % des blessures), perturbent la pratique sportive pendant plusieurs mois malgré un traitement adapté. De plus, à ce jour, aucun consensus international n’avait été établi concernant les lésions osseuses de stress chez les athlètes.
Cette étude Delphi avait pour objectif d’évaluer le niveau de concordance entre des experts sur trois aspects des lésions osseuses de stress :
1- la physiopathologie, le diagnostic, la terminologie et les systèmes de classification ;
2- les facteurs de risque, le dépistage et la prévention ;
3- la prise en charge et le retour au sport.
METHODE
Un panel de 30 experts, recrutés en fonction de leur implication dans des études en lien avec les fractures de fatigue, a été constitué. Tous les auteurs ayant quatre publications ou plus ont été invité à participer au panel.
La méthode Delphi modifiée, en trois tours, a été utilisée. Pour chaque affirmation, un consensus était défini a priori comme un accord ou un désaccord ≥ 80 % pour chaque énoncé.
Dans les résultats, j’ai fait le choix de mettre en avant les données, faisant consensus ou non, me paraissant importantes pour notre pratique de kinésithérapeute. Certains thèmes comme la physiopathologie, la terminologie diagnostic, la prise en charge chirurgicale, les facteurs de risques et les critères de retour au sport ne sont pas abordés.
RESULTATS – le diagnostic
- Les éléments suivants de l’anamnèse et de l’examen physique d’un patient doivent faire fortement suspecter la présence d’une lésion osseuse de stress, ce qui peut orienter notre diagnostic en tant que kinésithérapeute :
- il existe généralement une erreur dans la quantification du stress mécanique, comme un changement récent du volume ou de l’intensité de l’entraînement
- localisation précise des symptômes
- douleur lors de la mise en charge de l’os et aggravation lors des activités en charge
- absence d’amélioration de la douleur avec l’activité (« effet d’échauffement »)
- antécédents de lésion osseuse de stress
- douleur à la palpation
- présence d’un syndrome de surentraînement
- changement de chaussures ou de surface de course
- douleur > 6/10 à l’EVA
- préoccupation psychologique liée à l’image corporelle
- Le diagnostic clinique seul ne suffit pas pour poser un diagnostic précis.
- La radiographie est l’examen initial de choix.
- L’IRM reste l’examen le plus fiable.
- La scintigraphie et la tomodensitométrie ne doivent pas être utilisées, sauf lorsque les autres examens d’imagerie ne sont pas concluants.
RESULTATS – prévention
- La règle d’une augmentation limitée à 10 % par semaine de la charge d’entraînement n’est pas un outil de prévention efficace.
- La pratique de sports de saut et de sports de balle (par exemple le football et le basketball) durant la jeunesse réduit le risque de futures lésions osseuses de stress.
- Le renforcement musculaire réduit le risque de fracture de fatigue.
RESULTATS – prise en charge
- Il n’est pas nécessaire de prescrire : orthèses plantaires, chaussures minimalistes, chaussures amortissantes, changement de chaussures, modification de l’attaque du pied ou de la cadence de course, stimulation électrique, ultrasons ou ondes de choc.
- Il est important de prescrire une supplémentation en vitamine D (en cas de taux sériques insuffisants), de donner des conseils sur la nutrition et de s’attaquer aux facteurs liés au mode de vie (notamment le sommeil et le stress), ainsi qu’une rééducation de la technique de course (uniquement pour les athlètes ayant subi plusieurs fractures de fatigue).
- Les interventions pharmacologiques ne doivent pas être utilisées en première intention ni en cas d’échec du traitement non médicamenteux.
- Les traitements orthobiologiques (PRP par exemple) ne montre pas de supériorité par rapport aux autres traitements.
- Un protocole de rééducation comprenant une kinésithérapie structurée doit être mis en place après toute lésion osseuse de stress.
- La douleur est proscrite pendant la rééducation et lors de la course à pied.
CONCLUSION et implications dans la pratique clinique
Plusieurs éléments importants et nouveaux permettent d’aborder de manière plus sereine la prise en charge des patients atteints de fracture de fatigue grâce à cette étude Delphi.
Dans notre diagnostic clinique, plusieurs éléments sont essentiels, même si l’orientation du patient vers une radiographie pour confirmer le diagnostic reste indispensable. Le rôle de l’IRM est ainsi relativisé et n’est pas toujours nécessaire.
Nous pouvons proposer du renforcement musculaire en prévention de ces fractures de fatigue ; il est donc possible d’envisager, dans notre pratique, de le proposer de manière préférentielle aux patients présentant des antécédents.
Concernant le traitement, l’étude nous rappelle que nous sommes le traitement de choix de la fracture de fatigue, que toutes les prescriptions à l’exception d’une supplémentation en vitamine D ne sont pas pertinentes dans la prise en charge, et que la rééducation doit être indolore selon les experts.
Rédaction : Loïc David
BIBLIOGRAPHIE
Hoenig T, Hollander K, Popp KL, Fredericson M, Kraus EA, Warden SJ, et al. International Delphi consensus on bone stress injuries in athletes. Br J Sports Med. 2 janv 2025;59(2):78‑90.
