INTRODUCTION
Analyse d’une revue narrative publiée par Mauro Mirto et al. 1 en novembre 2025 dans la revue Sports Medicine.
Les auteurs définissent l’entraînement croisé comme une méthode visant à générer des gains de force dans le membre non entraîné à la suite d’un entraînement unilatéral. L’objectif de cette revue est de fournir un aperçu actuel de l’effet de l’entraînement croisé sur la force, ainsi que d’analyser ses applications pratiques et les paramètres d’entraînement à moduler pour optimiser ses effets.
EXPLICATIONS ET ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE DU PATIENT
L’effet de l’entraînement croisé repose principalement sur des adaptations neuronales plutôt que musculaires. En effet, les études rapportant des gains de force ne montrent pas de modifications histologiques ou vasculaires au niveau des muscles. La compréhension de ces adaptations neuronales est essentielle pour le clinicien afin d’expliquer correctement le phénomène aux patients.
Les phénomènes qui expliquent l’éducation croisée incluent l’activation croisée et l’accès bilatéral. L’activation croisée se produit lorsque l’exécution répétée de tâches motrices unilatérales entraîne une augmentation de l’excitabilité des aires motrices corticales ipsilatérales et controlatérales, générant des adaptations neuronales simultanées dans les deux hémisphères cérébraux. L’accès bilatéral désigne le fait que les engrammes moteurs créés lors de l’entraînement unilatéral ne sont pas spécifiques au membre entraîné et peuvent être activés pour le contrôle du membre non entraîné.
LES PARAMÈTRES D’ENTRAÎNEMENT – L’INTENSITÉ
Selon les auteurs, l’effet de l’éducation croisée est corrélé à la force générée par le membre entraîné. L’intensité constitue donc un paramètre clé. Un entraînement de résistance unilatéral de haute intensité, correspondant à environ 75 % de la charge maximale pour une répétition (1RM), est recommandé pour obtenir des gains significatifs. À l’inverse, un entraînement de faible intensité, autour de 25 % de la 1RM, ne produit pas l’effet attendu. Si la charge maximale ne peut être appliquée, un entraînement à faible intensité jusqu’à l’échec musculaire constitue une alternative pour induire l’effet d’éducation croisée.
LES PARAMÈTRES D’ENTRAÎNEMENT – LA FRÉQUENCE
Un minimum de deux à quatre semaines d’entraînement avec trois séances par semaine est nécessaire pour observer l’effet. Une fréquence plus élevée par semaine peut accélérer la vitesse à laquelle les adaptations apparaissent, mais ne modifie pas le gain final de force.
LES PARAMÈTRES D’ENTRAÎNEMENT – LE VOLUME
Un minimum de 13 à 18 séances est nécessaire pour générer un gain de force de la jambe controlatérale. Concernant le nombre de séries, au moins trois séries par séance sont recommandées, avec des séries courtes de 8 répétitions maximum.
LES PARAMÈTRES D’ENTRAÎNEMENT – LE TYPE DE CONTRACTION MUSCULAIRE
Tous les types de contraction produisent des gains de force sur le membre controlatéral. Les gains observés sont de 8,2 % pour l’isométrique, 11,3 % pour le concentrique, 17,7 % pour l’excentrique, 15,9 % pour l’isotonique-dynamique. Les contractions excentriques produisent les effets les plus importants. Si le clinicien peut utiliser que des charges légères, un entraînement excentrique avec faible charge mais restriction du flux sanguin (BFR) est aussi efficace que l’entraînement concentrique pour induire l’effet d’éducation croisée.
MAINTIEN DES GAINS DE FORCE DANS LE TEMPS
Les études montrent que les gains sont maintenus jusqu’à 3 mois après un programme de 4 semaines, suggérant que l’effet de l’éducation croisée peut favoriser la récupération tout au long du processus de rééducation.
EFFICACITÉ
L’efficacité de l’éducation croisée est désormais établie, avec des gains de force moyens controlatéraux de 18 % au niveau du membre supérieur et de 24 % au niveau du membre inférieur. Les gains sont spécifiques à la zone musculaire ciblée, ce qui implique que pour renforcer plusieurs groupes musculaires du membre atteint, chaque groupe doit être entraîné indépendamment sur le membre sain.
ZONE CIBLÉE
L’efficacité de l’éducation croisée ne varie pas significativement selon la localisation proximodistale, sauf pour une tendance à des gains plus élevés pour les muscles distaux du membre supérieur. Pour renforcer les zones proximales du membre supérieur, telles que l’épaule, il peut être pertinent d’associer l’éducation croisée à des techniques complémentaires comme la thérapie miroir.
RÉÉDUCATION DES SPORTIFS
Actuellement, il n’existe pas suffisamment de preuves pour recommander l’utilisation systématique de l’éducation croisée en rééducation sportive.
VARIATIONS EN FONCTION DE LA POPULATION
Contrairement aux hypothèses initiales, des études récentes ont montré que l’ampleur de l’effet de l’éducation croisée ne diminue pas avec l’âge et peut également être induite chez les personnes âgées.
CONCLUSION ET IMPLICATIONS POUR LA PRATIQUE CLINIQUE
L’entraînement croisé constitue un outil efficace en rééducation. Il permet des gains de force moyen de 21% sur le membre non entraîné lorsqu’il est réalisé avec une intensité suffisante. Dans le contexte post-traumatique, il contribue à atténuer le déclin de la force musculaire et à minimiser le déconditionnement neuromusculaire précoce. Ces applications peuvent être mises en œuvre lors d’une période d’immobilisation ou juste après, lorsque le membre ne peut travailler qu’à basse intensité.
BIBLIOGRAPHIE
(1) Mirto, M.; Esposito, F.; Iaia, F. M.; Codella, R. Cross-Education of Strength: From Theory to Practice in Contemporary Sports Rehabilitation—A Narrative Review and Clinical Implications. Sports Med. – Open 2025, 11, 129. https://doi.org/10.1186/s40798-025-00931-9.
Rédaction : Loïc David