Prise en charge des migraines en kinésithérapie, la place de la sensibilisation cervicale et des troubles musculosquelettiques (TMS).​

migraine kiné

INTRODUCTION

Analyse d’une revue narrative publiée par Zhiqi Liang et al. (1) en novembre 2025 dans la revue Musculoskeletal Science and Practice. L’objectif de cette revue est d’évaluer la présence d’une hypersensibilité cervicale ou d’un TMS contribuant à la migraine et d’adapter la prise en charge en fonction de ces éléments et d’autres facteurs.

CONTEXTE

L’évaluation des TMS cervicaux et de la sensibilisation centrale est cruciale car ces éléments peuvent être pris en charge en kinésithérapie et participer au déclenchement, à l’intensification ou au maintien des crises migraineuses. Cela permet, en complément des autres stratégies thérapeutiques, de proposer une prise en charge complète et adaptée des migraines.

ANAMNESE

Selon les auteurs, il est primordial d’éliminer les céphalées nécessitant des investigations complémentaires par l’évaluation des redflags qui sont : un début brutal, récent, progressif ou modifié ; des déficits neurologiques ; des symptômes systémiques tels que la fièvre ; un âge supérieur à 50 ans ; et la grossesse.

Ensuite, il est nécessaire de confirmer le diagnostic de migraine, les erreurs diagnostiques étant fréquentes. Pour cela, il convient d’utiliser la classification internationale des céphalées, 3ème édition.

Il faut ensuite évaluer la présence d’une douleur cervicale si elle est présente et analyser son lien avec les crises migraineuses.

Enfin, l’évaluation doit prendre en compte les autres facteurs contribuant à la migraine, qu’ils soient environnementaux, génétiques ou liés au mode de vie.

EXAMEN PHYSIQUE

L’objectif de l’examen physique est d’évaluer la présence d’un TMS cervical et/ou d’une sensibilisation cervicale et de déterminer si des interventions peuvent permettre un soulagement immédiat. Si une sensibilisation cervicale est présente, les auteurs précisent que de nombreux tests de TMS cervicaux peuvent être positifs. Il convient alors de considérer la sensibilisation comme le mécanisme principal de la cervicalgie et de réévaluer ultérieurement la présence éventuelle d’un TMS cervical.

* EVALUATION FONCTIONNELLE ET DE MODIFICATION DES SYMPTOMES

Afin d’évaluer la présence d’un TMS cervical, il est important d’effectuer un examen à travers les modifications de symptômes cervicaux : modification de la posture rachidienne, scapulaire et mobilisation avec mouvement. L’absence de modificateur de symptômes peut suggérer une probabilité diminuée de TMS cervical.

* EVALUATION – MOUVEMENTS ACTIFS

Selon les auteurs, l’amplitude des mouvements actifs mais aussi les paramètres qualitatifs doivent être évalués au niveau cervical et thoracique supérieur.
Il paraît également important de tester les mouvements combinés du rachis cervical supérieur pouvant atténuer ou reproduire les symptômes.

* EVALUATION – EXAMEN MANUEL

Les auteurs précisent que l’interprétation de ces tests est complexe car ils sont peu spécifiques pour différencier une sensibilisation cervicale d’un TMS cervical. Les techniques peu provocatrices sont préférables pour confirmer une hypomobilité segmentaire, tandis qu’une douleur diffuse ou multisegmentaire suggère plutôt une sensibilisation cervicale. L’examen manuel reste essentiel chez les patients migraineux, mais doit toujours être interprété en tenant compte de l’ensemble de l’évaluation clinique.

* EVALUATION – FONCTION NEUROMUSCULAIRE

L’évaluation des fonctions neuromusculaires présente également des limites d’interprétation. Les auteurs précisent que ces tests sont peu spécifiques pour différencier une sensibilisation cervicale d’un TMS cervical.

* EVALUATION - SYSTEME NERVEUX

L’hypersensibilité neurodynamique dans la région cervicale supérieure peut limiter le test de flexion craniocervicale et provoquer des céphalées lors de mouvements répétés. Des tests passifs combinant flexion craniocervicale et positions neurodynamiques des membres permettent de détecter cette sensibilité neurodynamique, tandis que la palpation des nerfs occipitaux complète l’évaluation. Cela peut ainsi permettre d’évaluer une mécanosensibilité.

INTERPRETATION DES RESULTATS

Le diagnostic de TMSC repose sur des atteintes motrices, articulaires et neuromusculaires cohérentes avec les limitations fonctionnelles du patient. Lorsqu’une sensibilisation cervicale et/ou un TMSC sont présents, ils doivent être analysés avec les autres facteurs contributifs afin d’orienter la prise en charge. Il est nécessaire de déterminer si la sensibilisation cervicale est liée à un TMSC ou à la migraine, car la migraine peut être le principal facteur déclenchant même si des atteintes cervicales existent. Ces éléments permettent de guider l’indication d’un traitement cervical ; en cas d’incertitude, une période d’essai thérapeutique peut être proposée puis réajustée en fonction des résultats.

SYSTEME DE PRISE DE DECISION CLINIQUE :

Évaluer si la sensibilisation cervicale est dominante, caractérisée par une douleur cervicale très irritante.
Si oui, tester si les manœuvres modifiant les symptômes entraînent une amélioration immédiate :

  • Si oui, la douleur est principalement due à la sensibilisation ; il est alors possible d’appliquer des traitements visant à réduire cette sensibilisation, puis de vérifier l’existence d’un trouble musculosquelettique cervical.
  • Si non, il convient de prioriser l’éducation et d’autres stratégies avant tout traitement manuel.

Si la sensibilisation cervicale n’est pas dominante, vérifier la présence d’un trouble musculosquelettique cervical à travers des déficits de mouvement, articulaires ou neuromusculaires :

  • Si les déficits correspondent aux symptômes signalés, appliquer des traitements ciblés sur le trouble musculosquelettique cervical.
  • Si les déficits ne correspondent pas ou si aucun trouble musculosquelettique cervical n’est présent, traiter à la fois la sensibilisation cervicale et le trouble musculosquelettique cervical s’il est présent.

PRISE EN CHARGE KINESITHERAPIQUE

La prise en charge dépend de la présence d’une sensibilisation cervicale et/ou d’un trouble musculo-squelettique cervical.

Tableau décisionnel migraines

* PRISE EN CHARGE EN CAS DE SENSIBILISATION CERVICALE

Si aucun trouble musculo-squelettique cervical n’est présent mais qu’une sensibilisation cervicale est identifiée, et que les mouvements du cou n’améliorent pas les symptômes, l’approche recommandée reste l’éducation et les stratégies générales, sans traitement cervical spécifique.
Si une sensibilisation cervicale est présente et que les modificateurs de symptômes entraînent une amélioration, des traitements du cou visant à réduire la sensibilisation peuvent être proposés. Ceux-ci peuvent inclure la thérapie manuelle, des exercices spécifiques ou des corrections posturales, guidés par les modificateurs de symptômes et la sensibilité cervicale.

* PRISE EN CHARGE EN CAS DE TMS CERVICAL

Si un trouble musculo-squelettique cervical est identifié, des traitements cervicaux ciblant les déficits sont indiqués, comme la thérapie manuelle, les exercices spécifiques ou la correction posturale, en tenant compte également de la sensibilisation cervicale et des modificateurs de symptômes.

Dans tous les cas, l’éducation individualisée joue un rôle central. Elle peut inclure l’éducation en neurosciences de la douleur, l’explication du rôle du cou dans la migraine, l’identification des déclencheurs et la reconnaissance des prodromes. D’autres stratégies complémentaires peuvent être proposées, comme l’exercice aérobie ou de renforcement, la thérapie cognitivo-comportementale, les techniques de relaxation ou la pleine conscience.

Enfin, la sensibilisation cervicale et le trouble musculo-squelettique cervical peuvent coexister, et si la sensibilisation cervicale est le mécanisme dominant, son traitement doit être prioritaire.

BIBLIOGRAPHIE

  1. Liang Z, Castaldo M. Individualised physiotherapy assessment and management of migraine: the role of cervical sensitisation and musculoskeletal disorder. Musculoskelet Sci Pract. 2025 Nov;80:103439. doi:10.1016/j.msksp.2025.103439 PubMed PMID: 41135278.

    Rédaction : Loïc David
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